1 octobre 2009

Et se rappeler

Il est impossible de savoir ce dont on se souviendra dans dix ans. Dans vingt ans. Je ne me souviendrai pas d'avoir regardé l'entrevue de Martin Picard du Pied de Cochon à Cabine C mais je me souviendrai qu'il mange des animaux sauvages dans leur entièreté et que ça m'écœure. Je me souviendrai d'avoir baisé une fois sur la rue St-André mais je ne me souviendrai pas avec qui. Hier, j'ai prêté la presque totalité de mes avoirs à un ami et le moment où il me remboursera déterminera si je m'en souviendrai ou non.

Semble-t-il que nous nous souvenons davantage des voyages et des événements spéciaux puisque nous avons dû modifier notre routine pour les accueillir dans notre vie. Le traumatisme ainsi créé forgerait une entaille dans notre ligne du temps et marquerait notre mémoire à long terme. Pourtant, nombre d'entre eux - sorties, anniversaires, visites de parenté, collation des grades, épluchettes - n'en valaient pas du tout la chandelle, nous ont carrément fait chier (en déréglant, entre autres, notre transit) ou ont été férocement imposés par une tradition qui appartenait à plus puissants que nous, des parents ou des amis plus capricieux. Rien à voir avec le bonheur matinal routinier qui repose sur une tasse de liquide chaud, une discussion amicale, un journal qui annonce trois acteurs que l'on aime à l'affiche dans un même film. De ça, il ne reste aucune trace sur la ligne du temps; à la place, on y trouve une sortie familiale à La Ronde en 1990 lors de laquelle j'ai conclu que toute cette mascarade n'était pas du tout faite pour moi. À la place se trouve un X sur la date où j'ai cessé de fumer, moment pénible où toutes les veines du corps voulaient m'exploser, où j'ai passé mon temps à vouloir revenir sur ma décision, à douter de mon courage à chaque rush et à m'auto-insulter d'être tombée dans un piège aussi stupide. C'est super de se rappeler d'un moment si glorieux.

J'aimerais plutôt me souvenir de ce matin, par exemple. De la matinée du 1er octobre 2009 où je me suis réveillée contente, avec une boule de santé dans l'abdomen et des vibrations positives dans tout le corps, des souvenirs affectueux de mes discussions de la veille, une vision assez charmante de la journée à venir et du futur en général. Avec du Nutella et du pain sur la planche.

Impossible. Puisqu'il y a absence de soubresaut, il y aura absence de souvenir. Tant pis. Je n'aurai qu'à me relire.

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