30 avril 2009

Télé tampon

J'adore la télé. Toute la télé, la bonne, la mauvaise et la ''ne sais pas'' télé. Lorsqu'en avril, on entre dans la période tampon entre la saison d'hiver et la saison d'été (qui, dans le jargon des sciences naturelles, s'appelle le printemps), les différents réseaux en profitent pour diffuser leurs restants de programmation, les derniers projets approuvés, pour les tester timidement en s'imaginant que tout le monde est déjà sorti dehors. Moi, je suis toujours là. Et selon moi, en télé, on est aussi novateur et pertinent que notre dernière saison tampon.

C'est alors qu'arrive La Collection à TVA, marrainée par Chantal Lacroix, qu'on diffuse en silence, sans promo, pour ne pas qu'on remarque que le talent ne fuse pas et que Marie St-Pierre en est hebdomadairement découragée. Redonnez à Chantal Lacroix ses aises dans son créneau rempli de femmes ordinaires, voire amochées, qu'elle transforme en princesses au grand coeur, ça presse!

Deux autres émissions de téléréalité attirent mon attention en cette période floue: Destination Nor'Ouest II à TVA et La maison de: Maxim Lapierre, à TQS (dans ce dernier titre, l'utilisation des deux points suggère une suite... Misère.)

Selon moi, un jumelage des deux concepts sauverait définitivement les meubles (!). Imaginez les 10 aventuriers, trippeux de portage, entraînés à manger de la bouette au nom de l'amour du plein air, subir les assauts de Marie-Christine Lavoie, designer d’intérieur (et conjointe de Mathieu Dandenault). Je prédis qu'au premier conseil de déco - du genre: inspirez-vous d'un morceau de vêtement que vous aimez pour agencer la décoration d'une pièce (quoi, une jupe en toile de jute, un poncho?) - la moitié des participants quitteront en pleurant.
Ensuite, la survie des autres dépendra de leur capacité à tolérer la voix aigüe de Marie-Christine et surtout, à supporter ses incitations à la dépense inutile pour un résultat vain et sans éclat. Il faudra aussi se taire lorsqu'un commerçant offrira gracieusement une table de billard au richissime joueur de hockey et que ce dernier feintera une émotion. Une des épreuves les plus difficiles consistera à participer à une séance de magasinage avec Amélie Cadrin (cocue de Steve Bégin) et Maïka Desnoyers (cocue de Guillaume Latendresse) pour choisir des stores pour chacune des mille pièces non utilisées de la maison. Le survivant suppliera la production pour retourner remonter une rivière en canot troué et manger des animaux crus, croyez-moi.

On peut toujours rêver. Heureusement que l'édition de Loft Story All Stars - La Revanche est bonne comme du bon pain. Un bonbon télévisuel qui m'empêche assurément de sortir dehors avant le temps. De toute façon, semble-t-il qu'il faut porter un masque...

28 avril 2009

L'art de recevoir

À l'époque où les soeurs Williams dominaient radicalement le monde du tennis professionnel, on avait développé une légère aversion pour elles, aversion qui s'était tranquillement transformée en frustration, puis on avait fini par crier à l'injustice à chacune de leur victoire. On pleurnichait en assistant à la déconfiture de la frêle Justine Henin-Ardenne, si sympathique et si fraîchement mariée, qui méritait pourtant tellement de gagner. Si on avait pu voter, on l'aurait couronnée sans même jeter un oeil aux statistiques.

Ce n'est pas d'hier que l'on boude les meilleurs, dans le milieu du sport comme dans celui des affaires. Et que dire du milieu artistique.

Pas d'hier, donc, que TVA déclenche les émois.

Les résultats du Gala Artis parlent d'eux-mêmes: TVA rafle 12 trophées sur 15. Et hop, on crie à l'injustice et on remet en doute la procédure de votation. On prétend que le choix de Tim Hortons comme lieu de distribution des bulletins de vote orienterait les résultats en faveur de TVA (on sait tous que c'est lieu où est né le fan club de Gino Chouinard). J'aimerais voir un gala dont les bulletins de vote auraient été distribués au cinéma Excentris, dans tous les cafés snobs et obscurs de la province, dans les clubs de bridge, dans l'entourage privilégié de Stéphan Bureau et dans toutes les librairies indépendantes où l'on sert du thé et on ça sent le papier jauni. Il y a un temps pour s'instruire, un temps pour pousser les réflexions, et il y a, par opposition, les dimanches soirs prime time.

Je souris toujours en constatant la frustration des journalistes devant la domination de TVA lors d'une remise de prix qu'ils s'amusent à dénigrer depuis 25 ans sous prétexte que le processus de sélection ne soit pas assez noble pour qu'on s'attarde à ses lauréats. Il faudrait se brancher. Je sais, ils ont bien des lignes agates à remplir, les pauvres.

Tant qu'à moi, Guylaine Tremblay aurait pu repartir avec les 15 trophées, dont celui de meilleure lectrice de nouvelles, que je n'aurais pas bronché. Que les bulletins de vote aient été remplis en entier par un héritier millionnaire caféïnomane fanatique de Nos étés, et alors? La réalité veut que, contrairement à la Soirée des prix Jutra, pendant laquelle les malaises fusaient et où le maniérisme jurait avec les textes dérisoires, laissant les téléspectateurs plus que perplexes et soulignant à gros trait la présence ridicule de Susan Sarandon parmi les nommés, le Gala Artis de dimanche dernier était d'une qualité et d'un divertissant rarement égalés ces dernières années, un gala imparfait et agréable, au sein duquel l'harmonie régnait et était palpable depuis la maison, quoi qu'on dise au sujet des chicanes familiales dans le milieu artistique. Un gala totalement à sa place, sans erreur de ton, dirigé avec respect et considération vers le public, aussi grand soit-il.

On a beau dire, c'est un art de recevoir. Il faut savoir s'oublier et tenter de faire plaisir au plus grand nombre, ce qui n'est pas un talent donné à tous les réseaux. On peut reprocher à TVA de vouloir faire de l'argent (on a tous un problème avec l'ambition, et on tente de camoufler ça en remettant en question une méthode de votation), mais on ne peut lui reprocher de ne pas savoir recevoir, peu importe qui est assis dans la salle. Une leçon dont je me souvendrai.

23 avril 2009

Décélération estivale

Pendant que Chantal Lacroix prétexte un concours à TVA pour se faire faire une garde-robe gratuite et sur mesure par des apprentis designers avides de succès, je m'éclipse un moment, au sommet de la gloire (vous lisez en moyenne 78 pages par jour, dont une fois 0 et une fois 221!) pour me refaire une beauté - souvenez-vous de Céline avant Unison, ou de Martine St-Clair avant Lavez Lavez - et pour plancher sur un projet qui me demande une plus grande disponibilité mentale (mon bronzage, Des kiwis et des hommes, etc.).

Je diminuerai donc la cadence. J'écrirai sûrement une à deux fois par semaine, au lieu de six ou sept. N'oublions pas que je suis intoxiquée; on n'arrête pas comme on veut!

Profitez-en pour relire vos préférés. J'ajouterai, quand je trouverai comment, une petite case que vous pourrez cocher pour m'indiquer, si ça vous tente, les textes que vous aimez. Comme ça, je pourrai vous connaître un peu plus. N'hésitez pas à les cocher tous. Pour ceux qui y prendraient goût et qui veulent toujours s'exprimer davantage (certains me reprochent de ne pas permettre les commentaires publics), je vous conseille de cliquer ici et de me sacrer patience.

Voilà. Merci pour votre fidélité. Je suis passée par les archives de Radio-Canada juste pour vous. Attention, ça fesse.

Bon été.
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21 avril 2009

Gagnez un peepshow

J'ai compris que je n'aurais guère à me soucier de mes facultés intellectuelles le jour où j'ai découvert que je maîtrisais facilement les figures de style. Une litote bien placée peut donner de la prestance à n'importe qui.

Ma figure préférée est la comparaison. Dans une discussion de haut niveau sur un sujet qui m'échappe, tenter une comparaison, à tout hasard, avec une situation plus près du plancher des vaches, me rend toujours service. Mon interlocuteur est ravi de savoir que je m'intéresse à ce qu'il raconte et que je cherche à participer. Ce qu'il ignore - heureusement, puisque je perdrais tout mon charme - c'est que tant qu'à être là, c'est plus fort que moi, je ne peux pas m'empêcher de participer.

J'ai regardé la version vidéo de Peepshow, la création de la comédienne Marie Brassard, sur les ondes d'ARTV. Devant la profondeur des réflexions abordées dans le texte, agréablement stimulée, je me suis mise malgré moi à tenter quelques comparaisons.

Elle parle, entre autres, de l'incidence des choix que l'on fait à tout instant, qui influencent dramatiquement le cours des choses, et des situations que l'on rate en choisissant une voie plutôt qu'une autre.

Elle a raison, quel pouvoir immense! Et si, me disais-je pour essayer d'appliquer cette réflexion à mon quotidien, je choisissais de participer, par exemple, à la promotion ''Partez dans le sud avec Sylvain Cossette'' de Brault & Martineau? Et si je gagnais? Oh la la, fini les pannes d'inspiration: dix longues années d'anecdotes juteuses. Je n'ai rien contre lui - je connais bizarrement beaucoup trop les paroles de ses chansons - mais je ne pourrais m'empêcher de lui faire regretter ce coup de publicité vraiment désagréable pour le public.

Au souper, à l'hôtel le premier soir, par exemple, je m'entêterais à m'adresser à Andrée Watters en la prénommant Lucie, nom de l'ex-femme de Sylvain, à lui poser des questions sur l'éducation de leurs filles et à souligner leur ressemblance. Aussi, j'imprimerais les paroles de sa chanson Minuit:

Il est minuit et je veille encore
Sans bruit et sans remord
Debout dans mon décor
Moi je vis
Quand le reste du monde s'endort

et je les lui remettrais sous le nez chaque fois qu'elle daignerait manifester le désir de monter à sa chambre pour la nuit, quitte à la garder réveillée tout le long du voyage. Et ensuite, je lui dirais: ''Je ne sais pas comment tu fais pour être un oiseau de nuit. Tu es vraiment une artiste.''

Finalement, Sylvain s'en sortirait plus indemne que sa blonde, à part les fois où je lui demanderais de chanter des bouts de ses chansons pour être certaine que je ne le mélange pas avec Sylvain Lelièvre. Et je dirais, après une semaine sur la plage: ''Ah oui! Là, je vous replace! Vous, vous êtes celui chez qui on peut rentrer comme on veut; l'autre, c'est celui qui chante ''Mettez d'la ouate si ça fait mal''. Je vous mélange toujours.''

Si je choisissais de mettre toutes les chances de mon bord, on ne reverrait peut-être jamais plus un chanteur populaire associé à une pub de meubles.

Merci, Marie Brassard, pour cette savoureuse piste de réflexion.

Recto Verso

Les comportements paradoxaux sont souvent trompeurs parce qu'ils laissent croire que ceux qui les présentent se contredisent, donc sont atteints de trouble de personnalité. En réalité, ou plutôt, selon moi, nous traversons la plupart du temps de simples moments de paresse, durant lesquels nous préférons renier qui nous sommes et agir avec les moyens du bord plutôt que de viser l'intégrité, quitte à sembler hors de nos souliers.

Par exemple, j'écris régulièrement des faussetés sur Wikipédia (rien d'important, juste quelques précisions amusantes aux synopsis de téléromans des années 90, et des ajouts absurdes aux CV de quelques comédiens recyclés...) mais je continue de consulter cet outil sans remettre en doute la véracité de ses informations. Entre vous et moi, il est hors de question que je me rende aux archives de Radio-Canada pour tout et pour rien. Paresse.

Paresse aussi, moi qui ne suis jamais dupe et pour qui être en vie est la seule certitude - autrement, c'est le grand doute pervers - paresse lorsqu'on me dit qu'on m'aime et que je croie les yeux fermés. Paradoxe? Non. Paresse, mes amis.

Même chose à l'inverse. Les détours que le coeur doit prendre, parfois, pour se convaincre qu'il est amoureux, et ainsi solidifier sa certitude d'être vivant - la seule, dois-je le rappeler - sont souvent beaucoup moins lassants que l'attente prolongée, ou la bataille acharnée jusqu'aux abords du vrai sentiment.

On s'étonne moins, considérant cette nuance, des déviations subites de notre entourage. Accepter la paresse d'autrui, c'est ne rien dire quand sa meilleure amie prend un taxi avec son vélo ou qu'elle embrasse son amoureux en public (des comportements, pour la mienne, que seule la paresse pourrait expliquer).

Dans mon cas, guettez-moi si je m'avise à booker un tout inclus.

20 avril 2009

Projection en direct

En tant que fille semi-blasée, il est excitant de savoir que je serai célèbre un jour et d'avoir la liberté de ne pas l'être encore. Ça me permet de divaguer en paix sur l'avenir.

Je dis ''semi'', ce qui veut dire qu'à certains moments, je suis très très blasée, limite découragée, et qu'à d'autres, je suis très très enthousiaste, presque fatigante, énervée comme une enfant. Je suis cyclothymique, un trait de caractère habituellement propre aux actrices (Anne-Marie Cadieux l'est, ça ne doit pas être un si vilain défaut) mais que je m'approprie en salivant, n'ayant malheureusement pas de talent pour le jeu.

En tant que fille semi-blasée, je trouve amusant d'écrire la phrase ci-haut (il est excitant de savoir que je serai célèbre un jour et d'avoir la liberté de ne pas l'être encore), pour qu'une fois célèbre, on me reçoive en entrevue et qu'on me la cite en me demandant d'élaborer. Je pourrai alors répondre que j'avais écrit cette phrase, jadis, sur un blogue obscur (ce médium n'aura peut-être pas survécu, qui sait, alors j'essaierai tant bien que mal d'expliquer ce dont il s'agissait) dans l'espoir qu'un jour on tombe dessus et qu'on m'en parle en entrevue, en direct à la télé.

Je dirai aussi que sur ce blogue, je me suis fait la main en me demandant à chaque jour si les lecteurs me suivraient (non pas que je les sous-estimais, mais je remettais en question ma pertinence et ma clarté, certainement). Et qu'à chaque jour, je m'étonnais de voir qu'ils étaient toujours là, qu'il y en avait même de nouveaux. À ce moment-là, je verserai peut-être une larme. Ça dépend de l'animateur, du décor, des autres invités... si je me sens à l'aise ou pas. Et je ferai une bonne blague. Je dirai ensuite que je suis cyclothymique, que je peux passer des larmes aux rires en deux secondes, comme Anne-Marie.

Et sous un tonnerre d'applaudissement, Anne-Marie Cadieux fera son entrée sur le plateau, pour me surprendre, parce que le dossier de recherche mentionnait que je m'étais, jadis, sur un blogue obscur, comparée à elle. Encore une fois, tout dépendant de l'animateur et du décor, il y aura un malaise plus ou moins prononcé (même après toutes ces années, on s'entête à cacher des personnalités en coulisses et à faire des surprises en studio alors qu'aucune, dans toute l'histoire de la télévision, n'a vraiment été satisfaisante. Rappelez-vous Stars à Domicile.)

Anne-Marie et moi, professionnelles - elle, actrice, moi, menteuse - nous débrouillerons tout de même passablement bien. Je m'efforcerai de ne pas sembler impressionnée ou groupie. Nous terminerons peut-être le tout par un numéro chanté (avec le house band, c'est toujours payant), déployant ainsi notre polyvalence artistique et notre spontanéité, prouvant ainsi au monde qu'il est possible d'être snob ET bon enfant. Les spectateurs seront sous le charme.
D'ici là, si vous me permettez, j'ai du travail.
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19 avril 2009

Sensationnaliste en herbe

On peut dire que j'en aurai laissé, des gouttes de sueur sur le Mont-Royal. Plutôt métaphoriquement, puisqu'en réalité, je ne sue pas vraiment. Même après des heures d'effort. On dit, d'ailleurs, que ça expliquerait la méga-puissance de mes orgasmes; je n'aurais, apparemment, qu'un seul chemin de délivrance, que toutes les tensions accumulées emprunteraient en même temps pour être évacuées. Oui, les suants à pleines gouttes peuvent pâtir en ce moment.

Aujourd'hui, j'avais envie d'élaborer sur l'absence de censure d'une blogueuse qui sait que ses parents la lisent. Je les salue d'ailleurs. J'ignore comment ça se passe dans vos familles, mais dans la mienne, les jokes d'orgasme n'ont pas encore pénétré le périmètre de la désinvolture acceptable en souper de famille. C'est une question de temps, cependant. Nous avons récemment digéré ensemble, un peu croche mais tout de même, une joke de cadavre de pute.

Sans blague, c'est ingrat, être dans la famille d'un blogueur. Il faut l'épauler, donc le lire, et en même temps risquer de tomber sur des informations bien embarrassantes, inutiles à la relation, sans trop pouvoir en déceler le pourcentage de vérités.

À bien y penser, c'est la même ingratitude que de faire partie de la famille d'un boxeur poète (ils le sont presque tous, allez savoir pourquoi). Il faut l'épauler, donc le lire (ou l'écouter) - alors que nous avions convenu, à l'origine, de l'encourager volontiers sur le ring mais pas nécessairement ailleurs - risquer de tomber sur des informations bien embarrassantes et inutiles à la relation, en l'occurrence ses états d'âmes sous forme de vers qui finissent en rimes, et en même temps, constater avec tristesse que les coups répétés à la tête ont définitivement eu raison de quelques cellules, dont celles qui s'occupaient de gérer l'inhibition et le sens critique. C'est sans compter les problèmes massifs au niveau du langage (un lexique nettement moins riche que la normale, entre autres, et une articulation molasse) qui nuisent gravement au médium et accentuent le malaise de l'entourage.

Cela dit, plusieurs de ces symptômes n'atteignent pas le blogueur, ce qui place la famille de ce dernier dans une position nettement plus enviable.

(À moi-même: à l'heure qu'il est, j'espère ne pas faire erreur en soulignant l'intrigante corrélation entre boxe et poésie. La description ci-haut semble plutôt faire référence à la trisomie 21.)

Hier, je disais que je me rendrais à la confesse. Considérons cette discutable comparaison comme une demande de pardon à ceux qui me connaissent et que mes allusions à la luxure rendent mal à l'aise.

N'oubliez pas que le sport et le sexe, c'est vendeur. Vous voulez que je vous rembourse un jour, oui ou non?
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17 avril 2009

Mea culpa

On vaut tous une risée. Moi, la première. Pour avoir écorché plusieurs intervenants du monde artistique - certains inoffensifs, d'autres moins - je mérite qu'on me lance quelques pierres. C'est le but, en fait. Celui qui me lance une pierre doit d'abord me regarder une seconde, s'il veut m'atteindre. À moins qu'il utilise un Taser; apparemment, avec ça, il a le droit d'y aller au hasard, sans viser, et de donner le nombre de décharges qu'il veut. Autrement, je pars gagnante, ne serait-ce que pour avoir été vue. C'est la technique de Michèle Richard. Elle non plus n'aime pas s'habiller pour rien.

Il est dans ma nature de rire des autres. Je le fais sans remords aucuns, je dirais même avec allégresse. J'aimerais être drôle sans avoir à faire ça mais il semble qu'on m'ait implanté ce don et pas celui du punch. J'ai beau essayer, je punch toujours un peu tout croche, avec un mot de trop ou je m'embourbe dans une syntaxe qui agonise à l'oral. Souvent, je quitte la pièce en vitesse pour accentuer l'effet de la blague (sous les conseils d'une pro du gag dont je tairai le nom pour utiliser ses trucs en paix), mais en réalité, je quitte honteuse d'avoir sonné un peu faux. Si je ris de quelqu'un, alors là, je tombe dans le mille à chaque fois.

Je tiens ça de ma mère. Et de mes tantes. Et de leurs amies. Et de ma soeur. En fait, je pratique cette activité avec la dernière. J'aime bien justifier ce genre de vice; ça permet de donner des exemples et de faire passer ça pour de la rigueur.

Il paraît que le rire, ou plutôt la cause du rire, fait référence à notre part d'ombre, à nos envies secrètes, à nos blocages. Selon cette théorie, quand je lance gratuitement, comme dans un précédent texte, que JiCi Lauzon semble perdu, (et ça me fait rire, bien sûr), j'exprime peut-être mon désir refoulé de faire du stand-up comique au Festival Juste pour Rire, de donner des conférences ET d'intégrer dans mon show des chansons country qu'on-sait-pas-si-c'est-des-jokes-ou-pas. Finalement, la théorie fonctionne assez bien... À part le visuel; j'aurais définitivement choisi autre chose.


Voyez? Oui, c'est méchant (peut-être même illégal d'utiliser sa photo...? Allez visiter son site pour me déculpabiliser). Mais avouez que ça vaut une risée. Je ne peux m'empêcher de l'imaginer regarder par-dessus l'épaule de son graphiste et dire: ''C'est exactement ça que je veux''.

Tant qu'à y être, voici ce qu'il est advenu du cadre de Garou mis au chemin il y a quelques jours. On ne pourra pas me reprocher de ne pas faire le suivi. Même les éboueurs le contournent.

Bonne journée. Demain, j'irai à la confesse.

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16 avril 2009

Amitié bien ordonnée commence par soi-même

Qu'il est déconcertant, en amitié féminine, de se heurter à une incompatibilité irréversible à propos d'une passion naissante pour l'une, qui lui promet de si grandes réjouissances, alors qu'elle ennuie l'autre à mourir! Combien d'amitiés ont résisté à la formation d'un tel cratère? Laquelle des deux a dû enjamber la fissure pour rejoindre l'autre? Doit-on se soumettre à la loi du silence sélectif? Parler de tout sauf de ça?

Après avoir tout partagé, après avoir débattu dans le même sens sur autant de sujets hyper précis, se rendre compte que l'une vénère tel projet social, tel lieu à fréquenter ou pire, tel ou tel artiste, alors que l'autre en a le dédain, jette un froid sur l'unité bienfaisante et la fend sauvagement en deux, laissant les âmes démembrées et claudicantes, dans une mare de reconsidérations personnelles.

Ici, on parle de l'amitié pure, de l'acceptation inconditionnelle entre deux personnes sans lien génétique - donc l'amour pas obligé - qui se développe ailleurs que dans l'attirance physique - ce qui limite les tactiques de réconciliation - et dont les paramètres ne sont pas internationalement (du moins, en occident) définis. L'amour le plus difficile à comprendre, donc. On ne franchit pas avec l'autre l'étape du déménagement, on ne lui passe pas la bague au doigt, on n'accueille pas ensemble la progéniture, il se peut qu'on lui apprenne l'existence d'un frère après 10 ans! et, quand on y pense, on ne ressent aucune pression, ni sociale ni personnelle, qui encouragerait les deux parties à investir dans la relation. Pas d'enveloppe à la performance non plus. Pourtant, c'est une évidence; l'amitié est le plus frivole des amours, le plus libre et le plus orgueilleux, mais celui qui enrobe le coeur d'une protection excédentaire, qui donne le courage de risquer plus, et ne menace jamais de quitter, puisqu'il n'est jamais complètement présent.

Ce n'est pas pour rien que les écrivains, si troublés par leur propre personne, ressentent le besoin de publier des heures de correspondance amicale. En amour, on ne peut parler ensemble d'autre chose que de l'amour partagé. En famille, on parle du passé et des souvenirs collectifs. Ce n'est qu'en amitié qu'on puisse véritablement parler de soi. Pas étonnant qu'après un contact amical, l'amoureux et la famille se sentent laissés pour compte, abandonnés. Ils le sont, en réalité.

En échange, combien de passions ont été transmises en amitié parce que l'une n'a pu s'empêcher, en raison de la proximité, de s'étirer le cou et de regarder par-dessus l'épaule de l'autre, angoissée d'y découvrir un filon qui risquerait de convenir aux deux et qui, s'il n'est pas récupéré à temps, menace de devenir l'affaire d'une seule, l'éloignant ainsi de l'autre?

Oui, bien sûr, c'est déconcertant. Il faut être bien mature, d'une maturité remarquable, pour réussir à partager quoi que ce soit avec une amie qui nous ressemble. Toutes n'ont pas la chance de tomber, à la maternelle, sur l'incarnation même de son contraire, qui, par une nécessité quelconque, deviendra sa meilleure amie (proximité des résidences, covoiturage des parents, même gardienne, allergie commune aux arachides, dyslexie, etc. Même l'ordre alphabétique dans une classe peut imposer des guerres et des alliances.); toutes les raisons sont valables pour pousser les adultes à associer des enfants entre eux, dans un but purement pratique, à l'âge où ils s'accommodent à rien. Si une telle union perdure, quelle chance! On peut survivre à bien des divergences d'opinions en prétextant une amitié qui dure depuis toujours.

Choisir une amie sur le tard (avant l'âge d'or, tout de même. À cet âge, c'est un tout autre fonctionnement) en se basant sur ses valeurs et intérêts est une source intarissable de conflits, le plus souvent intérieurs puisque tabous. Encore, l'orgueil est en jeu, puisque l'amie devient notre point de comparaison et malgré ce qu'on peut penser, la véritable personne à impressionner. C'est avec la sagesse et le temps qu'on devient tranquille en amitié, quand les deux vies se remplissent de vérité.

Dans le cas inverse, quand l'une des deux vies prend le champ et se remplit de mensonges - l'amie devient sectaire, par exemple, ou ''s'Harperise'' - c'est la rupture obligatoire et vite.
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Maudit bonheur

En prenant pour acquis que le but ultime de chaque être humain soit d'être heureux et si l'on arpente les rues avec cette seule idée en tête, il est intéressant d'analyser les directions que nos voisins empruntent et d'essayer de comprendre où ils veulent en venir. Je ne parle pas du genre de voisin qui arrose son carré d'asphalte - pour éviter, bien sûr, que les énormes grains de sable empêchent sa voiture de reculer, ou qu'ils s'agrippent à ses pneus et encombrent ensuite la route, ce serait fâcheux - ni du genre de voisin qui vole ton bac de récupération une semaine sur deux, par souci de l'environnement, te privant par le fait même de récupérer de ton côté, au profit du même environnement.

Je parle de nos voisins dans le sens de nos prochains, avec qui nous partageons non pas une haie, mais une planète (oui, j'essaie de voir grand aujourd'hui).

J'ai compris que les détours que chacun choisit d'emprunter dans sa trajectoire vers le bonheur, qui font que la route est plus longue pour certains, plus ennuyante pour d'autres ou plus dommageable pour la santé, ne sont pas imposés par le hasard ou par l'extérieur. On a tous une petite idée de là où l'on veut aller (à part peut-être Jici Lauzon, qui semble errer sévèrement ces temps-ci); on n'est pas toujours conscient que les obstacles viendront d'abord de soi.

La lâcheté, par exemple, obstacle par excellence qui s'installe plus ou moins rapidement selon les caractères, mais qui propose son option à tout coup, sous un visage différent, comme un bon joueur de poker. Dans mon imaginaire, elle est représentée par un bain bouillant, qui invite à la détente et à la tranquillité, mais duquel on sort fripé et nauséeux pour s'y être complu trop longtemps.
La dépendance, aussi minime soit-elle, aux autres, à une substance, à une routine, à une émotion, peut aussi faire dériver n'importe qui, se plaçant à l'avant-plan, devant la cible ultime et la dissimulant complètement. On ne verra clair à nouveau qu'une fois la dose administrée, peu importe sa nature. En terme d'obstacle, en voici un d'une efficacité éprouvée.

Aussi, l'idée du bonheur exclut souvent certaines sphères précises de l'existence, celles qui sont déjà satisfaisantes, par exemple, qu'il est si facile d'oublier. En se projetant dans l'avenir et en s'implantant virtuellement dans la situation idéale, on fait souvent omission de ce qui apporte déjà du bonheur, aveuglé que l'on est par le désir de nouveauté. Changer de ville pour le travail, par exemple, et être privée de sa famille. Le prochain rêve impliquera peut-être une proximité familiale et on s'ennuiera de l'ancienne ville.

Ai-je besoin de répéter, à la Michel Rivard, que le but à atteindre ne vaut pas la façon de s'y rendre, même si cette phrase n'existe que pour justifier notre lâcheté et nos dépendances?
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15 avril 2009

Plogue

Dans l'océan insondable des propositions de divertissement, je me trouve quelque part entre l'émission La Galère (d'ailleurs, espérons que l'attente en vaudra la chandelle), une chronique de Louise Cousineau (où est-elle? ça commence à faire longtemps), une entrevue de Denis Lévesque (pour l'arrogance, la spontanéité du personnage et pour le fait qu'il semble toujours déterminer son sujet à mesure qu'il en parle, comme moi) et un essai verbeux sur la déresponsabilisation sociale et ses justifications.

On dit que si un artiste ne définit pas lui-même son style, le monde machiavélique de la publicité et du marketing se chargera aussitôt de le faire pour lui. Y a-t-il quelqu'un qui veut s'essayer?

Pour viser l'international, je me définirais comme un mélange d'Oprah, de Sarah Jessica Parker et de Woody Allen. Rassurez-vous, je plaisante. Bien sûr que non, pour qui me prendrais-je encore? Je fais judicieusement du name dropping de libellés dans un but uniquement promotionnel. Savez-vous à quelle vitesse un vidéo amateur d'une piètre performance vocale peut faire le tour du monde sur Youtube si on prend soin de le nommer, par exemple, ''Britney's having an orgasm''? Qui sait, peut-être un éditeur tombera-t-il sur mon blogue en tapant Oprah dans Google, ou maintenant en tapant Google dans Yahoo, et ainsi de suite. Imaginez les retombées! (À noter: l'utilisation insidieuse du caractère gras pour attirer le regard sur les noms payants, stratégie empruntée à Michel Girouard.)

Donnez-moi un instant pour mettre toutes les chances de mon bord: Twilight, aliments contre le cancer, Barack Obama, recettes sur le pouce, Canada 411, cabane à sucre, Emploi-Québec, WWE, Craigslist et pour percer le marché francophone européen, Star Academy, Secret Story et Carla Bruni. Voilà, maintenant, laissons le palmarès des mots clés faire son travail.

Tant qu'à y être, j'ajouterais J.K. Rowling pour lui voler sa banque universelle de fans qui aiment déjà la lecture et quelque chose comme ''oenologues amateurs'' ou ''Le Devoir'' ou ''bénévolat+générosité+j'aime la vie'', pour contrôler la classe sociale, les allégeances politiques, le salaire moyen et la grandeur du coeur de mes lecteurs. Tant qu'à cibler, ciblons.

Demain, je me trouverai un vrai sujet pour souhaiter la bienvenue à tout ce beau monde.
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14 avril 2009

Période de dégel - Zone 1

Où que l'on soit au Québec ces jours-ci, il faut contourner les nids de poules. Comme à chaque année, nous avons droit au reportage en bonne et due forme au Téléjournal de 18h, servi sur un ton dramatique, comme si chaque nid de poule avait été formé par un météorite.

Les recherchistes se garochent alors sur le sujet, illuminées comme un matin de première tempête de neige, et pondent la pertinente question du jour: ''Trouvez-vous qu'il y a trop de nids de poules au Québec?'' Les lignes ouvertes sont pleines et les courriels fusent.

Si je me fie aux sources d'informations populaires, donc, je vous annonce qu'il y aurait majoritairement trop de nids de poules sur les routes du Québec.

Pour moi qui me déplace sur des patins, les nids de poules ne me dérangent pas, du moins, pas suffisamment pour que j'en jase avec François Paradis. Ils représentent des obstacles supplémentaires, oui, mais ils mettent du piquant au trajet et permettent de la fantaisie. Sans les nids de poule, comment justifierais-je certains pas de danse que je ne peux m'empêcher d'exécuter ici et là, en hommage à Ginger Rogers? Oui, je danse en patinant.

J'ai patiné dans l'eau, dans la boue, dans la neige et sur la glace, toujours sur mes roulettes. Un cycliste m'a heurtée une fois. J'ai perdu mon casque plusieurs fois. Je suis aussi passée délibérément sous un dix roues, entre les 6 premières et les 4 dernières, pour gagner du temps, mais surtout parce que je suis une enfant.

C’est par le corps que j’ai découvert l’expression humaine, vers 8 ans. J’ignore si j’ai vécu avant ça ; je ne me souviens pas. Mes parents diront que oui, mais les parents d’une larve diront que oui, aussi. Le papillon - je dis papillon pour la représentation, je n’ai pas son éclat, ni sa fragilité, ni son visage (!) - n’a pourtant pas souvenir de cette vie-là. Toujours est-il que, sachant que mon corps possède une excellente mémoire du mouvement, je savais que les aspirations futures, après être passée sous un camion et avoir descendu des pentes sans freins, ne pourraient pas, réalistement, être moins élevées. Je ne me contenterai jamais de moins. Je ne viserai jamais tellement plus haut que là où je suis allée par pure insouciance, d’ailleurs.
À moins qu'on me mette au défi. À ça, je ne résiste pas.
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13 avril 2009

Honni soit qui mal y pense, ou n'y pense pas

Telle une nouvelle pub de trente secondes qui me fait rater à tout coup les moments-clé des émissions de TVA, le séjour pascal au Saguenay m'a fait oublier qu'il existait, un peu plus au sud, une saison moins hivernale au mois d'avril, un début de printemps sur une île qu'il fera bon retrouver demain. Il ne fait pas si froid ici, mais l'étroitesse d'esprit, parfois, refroidit dramatiquement l'air ambiant et rend tout cet espace beaucoup moins douillet. Il y a aussi mon horloge intérieure qui m'aide à partir, me faisant croire que j'en ai assez au moment exact où le départ est prévu, question d'éviter le tiraillement.

Il n'est pas rare que je me demande de quelle hauteur tomberaient les gens de mon passé s'ils apprenaient certaines de mes escapades non-conventionnelles en milieu urbain. Si la liberté survient lorsqu'on ne ressent plus la honte et qu'on ne considère plus l'autocensure comme une option, j'ai encore du chemin à faire pour me déclarer heureuse et affranchie.

C'est pourtant là, dans les contrées éloignées du centre, où, sur les tables des salons et sur les tablettes des bibliothèques, on trouve de cette littérature populaire qui veut ouvrir les yeux et rendre compte de l'extérieur. On pourrait croire que personne ne la lit à part la visite. Dans les contrées éloignées, on mange du dessert et on lit Maudite Folle de Varda Étienne (du moins, c'est ce que j'ai fait). J'en repars avec le témoignage poignant d'une haïtienne écorchée et des précisions hyper utiles sur le trouble bipolaire -je n'aurais jamais lu ce livre en autre lieu, mais j'en suis fort satisfaite - pourtant le décor sonne raciste et fermé sur lui-même. J'ai croisé ici d'anciennes connaissances qui n'ont pas changé d'avis sur les étrangers depuis mon départ il y a 10 ans.

Ce n'est pas la fin du monde, cela dit. La tolérance n'est pas toujours une bonne chose. La frustration injustifiée et intrigante que l'on ressent devant la différence, par ignorance et par crainte, est une frustration comme une autre; elle ne doit pas être étouffée ou tue. On ne peut faire semblant d'être imperturbable; ça se voit tout de suite. Ceux qui nient leur propre étroitesse d'esprit sont grossiers et ridicules. Ils sont représentés publiquement par un certain Martineau qui n'a rien a voir avec les meubles.

L'intolérance assumée fait du bien, parfois. Elle égratigne en passant, aussi. C'est comme une chanson de Lynda Lemay. Elle possède toujours une part de vérité universelle qu'il n'est pas nécessaire d'entendre parce qu'on la devine, mais on se surprend à la fredonner malgré soi, la finale surtout, le dénouement si prévisible - non, sincèrement! bien sûr! - de l'histoire qui sournoisement soutire une émotion, parce qu'elle parle un peu de soi, et qu'on aime ça.
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12 avril 2009

En visite 2

Je crois qu'il est sain de tricher avec soi-même; ça prouve que l'on s'est d'abord donné des consignes, que l'on est un être moral ou du moins, que l'on a travaillé sur un schéma comportemental idéal et qu'on aspire à le respecter. Ça prouve aussi qu'on a, pas trop loin, des restes d'envies de la petite école et assez d'ouverture pour ne pas se croire sur parole lorsqu'on dresse la liste de ce qui est bon pour soi.

Je me demande quel est le pourcentage de gens qui arrivent, par exemple en s'entraînant, à faire une série de 15 au lieu d'une série de 20, à se convaincre qu'ils ont fait une série de 20 et ne jamais, pas une seconde, revenir là-dessus et s'avouer leur paresse. Moi, bien sûr. Qui d'autre? Juste par besoin de tricher, pour contourner à tout prix la règle, même fixée par soi.

Parfois, en joggant, plutôt que de diminuer délibérément la distance les jours de grand froid, je prends un raccourci et me fais croire que non.

J'imagine que ce genre d'infraction insignifiante comble mon besoin de désobéissance et me garde loin de l'illégalité, la vraie, pour laquelle j'ai une prédisposition certaine.

Je suis à la maison, celle de mes parents, de mon adolescence, au Saguenay. Je ne tricherai pas en vous proposant une photo du Mont-Royal prise aujourd'hui. Ne vous ferai pas croire non plus que j'ai pris un raccourci par le Fjord (le Mont-Royal n'a pas été forgé par le passage d'un glacier dans le lac des Castors) pour aboutir Côte-Ste-Catherine.

Mais ma capacité à tricher à mon propre jeu me permet de me faire croire que je n'ai jamais quitté cet endroit (même si les pubs régionales de qualité douteuse à la télévision me rendent la tâche ardue) et que l'immensité du paysage a surveillé mon évolution pendant tout ce temps, ramenant constamment mon ego à une dimension raisonnable, me donnant quotidiennement cette balise de comparaison et l'espace pour me regarder de bien loin, dans une photo panoramique au milieu d'un paysage plus beau et plus fort que bien des humains, que moi peut-être.

Un jour, plus vite que je ne le conçoive, j'aurai passé plus de temps ailleurs qu'ici.
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10 avril 2009

En visite

Je croyais être dotée d'une constitution spéciale que les lieux ne bousculaient pas, les conditions non plus. En plus clair, que je pouvais m'installer n'importe où - que premièrement, je remarquerais les détails non pas pour m'en plaindre mais pour les grossir en les racontant - et que les informations passeraient dans mon filtre pour devenir adéquates et douces à mes yeux.

Faux. La Cage aux Sports n'est jamais douce à mes yeux.
Et je me plains sans retenue.

Pire encore, je m'aperçois qu'en réalité, je suis hypersensible à l'environnement (pas celui d’Al Gore, qu'il faut sauver, oui, misère, faites votre part! mais plutôt celui de l'homo sapiens en général, c'est-à-dire à tout milieu qui se trouve autour de soi, à un moment ou à un autre: une salle de danse, un corridor souterrain, une Bar Mitzva.

Je m'expliquais ainsi mon désintéressement dans un lieu comme, par exemple, les glissades d'eau: parce que le lieu ne collait pas à ma peau, que je me trouvais toujours d'abord à l'intérieur de moi et que c'est là qu'était mon attention (et sur mon maillot, dans ce dernier cas). Je possède avant tout la capacité de m'emballer moi-même; pas besoin d'une piscine à vagues pour vivre une émotion. Je me sens en visite partout, donc un peu chez moi partout.

Quand le vent se lève un peu à l'intérieur et qu'il est soudainement moins sécuritaire de s'y promener- je pars au vent -, c'est la qualité de l'environnement réel dans lequel on se trouve qui prend toute son importance. En passant aujourd'hui par les lieux de mon enfance, qui sont spacieux et grandioses, à l'image de cette époque-là, je me dis que non, je ne suis pas insensible. Blasée, oui. Blasée par les lieux inventés pour ceux qui ont besoin d'en avoir pour leur argent pour se sentir en vie et qui mettent toutes leurs aspirations sur les épaules d'un Cinéma Imax pour le reste de la journée à exprimer leur déception.

Quand la beauté est là et qu'elle vient avec des fous rires (et non avec des sièges qui bougent), je comprends que je l'ai, cette constitution spéciale. C'est ma famille. La seule entité, d'ailleurs, avec qui je peux supporter la Cage aux Sports.
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9 avril 2009

Intermède

J'ai perdu la voix. Extinction. La première fois dont je me souvienne (j'allais dire de ma vie, mais une bonne ancienne fille sur le party ne se fie jamais à ses souvenirs). Je saurai plus tard s'il s'agit d'une infection que j'aurais dû soigner au lieu de tester - je vous épargnerai le diagnostic - mais pour l'instant, aphone, j'explore les méandres intrigants de ''l'inexpression vocale'' tel un bénévole MIRA qui se prête volontiers au jeu de la queue de l'âne.

Elle est partie graduellement, cette voix, sans même avoir été sur utilisée et la fièvre est apparue avant tout autre symptôme. Les nouveaux virus sont comme les nouveaux médias: bizarres et pas tout à fait convaincants. Au téléphone, on a commencé par me prendre pour Jeanne Moreau, ensuite pour René Angélil et maintenant, pour sa filiforme épouse en période de silence imposé.

Hier, alors que ma voix me quittait tranquillement, ma coloc m'a fait d'inhabituelles confidences, pensant probablement qu'elle s'adressait à Andrée Boucher (la dame de coeur, pas la mairesse...). Vous me direz qu'Andrée Boucher n'a pas la voix rauque. C'est vrai, mais ma coloc n'a aucune mémoire des visages. Et puis, Andrée Boucher n'a rien à son CV depuis 1998 alors qu'en savons-nous de ce qu'il est advenu de sa voix?

Qu'à cela ne tienne, ma perte de voix m'aura appris, pour m'être cognée le nez plusieurs fois aujourd'hui, que je me parle à moi-même beaucoup plus que je ne le pensais. Et qu'il est important pour mon équilibre mental que je sois en mesure de m'entendre quand je le fais. Que si, en passant d'une pièce à l'autre, mon instinct me pousse à lancer une réplique de Gossip Girl, il est important que je ne sonne pas comme un rabot. Qu'aussi, après avoir pris connaissance de la liste de mes appels manqués (pour cause de voix manquante, quelle bonne raison), je n'étais pas si pressée de la retrouver.

Mes cheveux ne reconnaissant plus ma voix et voulant s'adapter, j'ai dû aller chez le coiffeur sur un coup de tête. Tout le monde pensera que je soulignais la Pâques, mais non. La mort ou la naissance de Jésus n'a rien à voir là-dedans.
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8 avril 2009

Errance d'une fille grippée

Le texte qui suit sera laborieux. Pour en venir à bout, j'irai de temps en temps visiter la photo du cadre de Garou plus bas sur cette page, ou revoir le montage de Geneviève Bujold publié il y a quelques jours. Je vous conseille de faire de même pour alléger la lecture, ou d'attendre à demain, où je me promets plus de légèreté.

Je suis contente d'avoir commencé à écrire sur le tard parce que lorsqu'on se met à écrire, on se rend compte assez vite qu'on ne fait finalement que ça. À partir du moment où l'on se donne ce mandat, il y a la vie que l'on mène et parallèlement, celle que l'on écrit. La première sert à la deuxième, bien sûr, mais comme on les passe toutes les deux à écrire, on est rapidement fourré, confronté à devoir puiser dans l'ancienne vie, celle d'avant l'écriture, pendant laquelle on ne cherchait pas constamment à nommer les choses ordinaires de façon à ce qu'elles le soient moins, mais pendant laquelle on se contentait de vivre. Là, à tenter de l'écrire rétrospectivement, on s'en veut de pas avoir porté attention aux détails de cette époque, trop occupé que l'on était à se donner complètement au moment présent (j'échouais plus souvent qu'à mon tour, mais j'essayais).

Plus les souvenirs s'éloignent, plus il ne reste devant soi que la vie actuelle, qui elle n'est faite que d'écriture ou de moments vécus pour elle, si bien que bientôt, il n'y a dans les livres que des écrits sur l'écriture. Tout bon écrivain a d'ailleurs pondu, souvent en fin de carrière, faute de restes de souvenirs, son essai sur l'art d'écrire. D'autres, sans plus de subtilité, ont choisi de mettre un écrivain au centre du récit et de passer par lui pour se vider la pensée. Moi, je prends de l'avance. Encore toute proche de mes souvenirs, je les laisse maturer encore avant de les raconter, au cas où j'en découvrirais des révélations intimes que je préfèrerais garder pour moi (je peux rêver), et en attendant, je me regarde écrire.

Autrement dit, je me regarde vivre. Puisque c'est la même chose. Écrire en prenant le métro (aujourd'hui, une femme toute saine d'esprit, prisonnière de ses vêtements de madame, s'étirait le cou pour écouter une conversation sans queue ni tête entre deux fous à lier qui discutaient bouteille de plastique, et plissait les yeux pour vérifier si leur apparence physique corroboraient leurs propos décousus pendant que moi, je regardais la dame en constatant que ses vêtements à elle m'avaient permis de déduire qu'elle était saine d'esprit, alors que je n'en savais finalement rien. Dans mon dos, mon instinct me disait que quelqu'un me regardait moi aussi, pour compléter le quadrilatère de senteux, et je me retournai, sachant qu'à l'écriture je pourrais choisir d'en parler ou non, pour me rendre compte qu'il s'agissait d'un indien géant au trench coat noir, complètement cliché, et j'ai décidé qu'à l'écriture, j'en parlerais. Sans l'écriture, comme devant un bon potentiel de blague déplacée sans ma meilleure amie à qui la communiquer, je ne me serais aperçue de rien. Vous me direz, qu'est-ce qu'on s'en fout? Hum.), écrire en soupant avec des amis, écrire en baisant. Surtout en baisant. Baiser pour écrire, même. Josée Blanchette peut se rhabiller - ou non, c'est vrai qu'elle est charmante - elle n'a pas le monopole de la provocation. Atteindre les sommets d'intensité pour examiner ce qu'il s'y passe et prendre des notes pour usage futur. Me soupçonne-t-on encore de ne pas pouvoir faire deux choses à la fois?
On se croirait à cent mille lieues du romantisme, mais non. Sans la certitude de trouver dans le sexe une quelconque inspiration, je ne me déplacerais souvent même pas. Comme dans le passé, quand il n'y avait pas d'alcool, ne comptiez pas sur ma présence.

Je suis contente d'avoir commencé à écrire sur le tard aussi parce qu'il n'y a pas plus usant qu'une adolescente qui écrit. Je la vois d'ici, à Noël, avec son encrier. Avouez qu'on a tous le goût de lui dire de nous crisser patience. La seule qui mérite notre attention est celle qui a été accusée de plagiat il y a quelques années. La plus réaliste de toutes. J'aurais tellement souhaité qu'elle soit plus rusée et qu'elle nous mène en bateau convenablement. Si quelqu'un met la main sur elle, dites-lui que j'ai un plan. Je vais lui apprendre à tricher comme du monde et elle deviendra célèbre.

Elle doit d'abord changer de nom. Demain, je lui en trouverai un nouveau et au nom de la légèreté, je ferai peut-être un acrostiche funny avec.
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7 avril 2009

Un gitan au chemin


Sur la rue près de chez moi, une voisine a revu sa déco pour le printemps. En voici un qui n'a pas survécu.


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6 avril 2009

Médium indigne

La télévision est le reflet de la société. Je sais, mon acuité est renversante aujourd'hui.

Si l'on exclue la publicité, surtout celle du lait où le sosie vocal de Grégory Charles se lamente sur un air imprécis pendant une minute et demie, je peux dire, avec quelques bémols, que je préfère la télévision à la société. La télévision est une représentation de la réalité que les artistes et artisans créent avec effort et raisonnement. Parfois, le résultat est indigeste, mais à chaque fois, on a tenté d'être compris ET divertissant. Si tout le monde créait sa propre vie avec effort et raisonnement, dans le but d'être compréhensible ET divertissant, je pourrais plus aisément regarder la réalité en face et lâcher un peu mon écran de téléviseur.

Je dis téléviseur parce que, jusqu'à maintenant, ce n'est pas la webtélé qui menace de détrôner la bonne vieille TV. Le web épisode est à la série lourde ce que mon blogue est à l'autobiographie de Leni Riefenstahl. Tellement pas à la hauteur. Des clips d'une minute de mauvaise télé, dont les dénouements semblent avoir été récupérés des vieilles finales de Du Tac au Tac, que l'on applaudit sans raison sinon par excitation de ne pas avoir eu de contrainte de temps pour les regarder - c'est grisant d'avoir le contrôle, n'est-ce pas? - et celle, encore plus déstabilisante de nouveauté, de les recevoir à deux pieds du visage, assis sur une chaise droite plutôt que sur son sofa avec une qualité de son décente.

La fierté que les gens ont d'avoir regardé par eux-mêmes un web épisode surpasse à tout coup la déception qu'ils ont de l'avoir trouvé plate, ce qui fait qu'ils en gardent systématiquement un souvenir euphorique et insufflent au médium, sous l'effet d'entraînement, une réputation absolument surfaite. Il a fallu, comble de malchance, que les médias, en quête de contenu autre que les infanticides répétés, s'en mêlent et ne tarissent pas d'éloges envers ces capsules fadasses dont la simple lecture du synopsis nous réserve plus de surprises que l'épisode dans sa forme achevée.

Évidemment, je ne parle pas des épisodes prévus d'abord pour la télévision auxquels on donne un second souffle sur le web.

Je comprends que la webtélé est une façon de pallier à la crise et que les moyens de production sont réduits, mais à ce que je sache, une bonne réplique ne coûte pas plus cher à produire aujourd'hui qu'au temps d'Un gars, une fille. À moins que les scénaristes soient programmés pour que la qualité de leurs histoires soit proportionnelle à la taille de l'écran dans lequel elles seront racontées?

5 avril 2009

Rencontre

Aujourd'hui dimanche, je me paye une gâterie (inspirée du #7 horizontal, 2ème mot des mots croisés de ce matin dans La Presse). Un exercice de style. Certaines personnes sont jalouses de ma tribune, que je me suis pourtant accordée à moi-même. Des femmes qui s'offrent une chirurgie esthétique vivent un peu la même chose que moi. Offrez-vous une tribune, ou une chirurgie si tel est votre désir, et cessez de reluquer celles des autres en chignant.

Aujourd'hui, je pousse un peu et je réalise un rêve. Y'a rien de trop beau.

05/04/09 - Entrevue avec Emma H.

Emma m'a donné rendez-vous chez elle, dans son appartement du plateau Mont-Royal. Elle m'accueille avec des muffins et du thé. Pas question pour elle de fréquenter un endroit public le dimanche; les gens brunchent et se roulent dans la sauce hollandaise.

Journaliste de renoM: Emma, êtes-vous pour ou contre la chirurgie plastique?

Emma: Chose certaine, je suis contre le téléroman Destinée.

JdM: (rires) Avez-vous eu recours à la chirurgie?

E: Non monsieur, c'est tout du vrai. Mais j'ai opéré plusieurs de mes amis sur le party.

JdM: (éclat de rire) Vous êtes très drôle. De qui tenez-vous ce talent?

E: De personne. Je ne suis pas drôle, je suis une intellectuelle. Je suis une fan de Marc Favreau.

JdM: Ne soyez pas modeste, vous êtes drôle...

E: Vous avez raison. Je suis drôle mais c'est parce que je mens: j'aime Destinée et je n'aime pas Marc Favreau, et la combinaison des deux dans la même phrase est très drôle. D'ailleurs, les deux disposaient du même budget pour les décors.

JdM: (rires) Vous semblez à l'aise en entrevue!

E: Bien sûr, j'ai fait mes classes en écoutant Bla bla bla avec Danielle Ouimet. Je suis ferrée. Aussi, mes réponses au questionnaire de Bernard Pivot sont écrites depuis dix ans.

JdM: (rires) Alors, quel est votre mot préféré?

E: Non! Ne me dites pas que vous le connaissez? Quel hasard!

JdM: Non, cette question était dans ma liste... Je ne sais pas de qui vous parlez. Alors?

E: Mon mot préféré est connivence.

JdM: Le mot que vous détestez?

E: Dynamique, qui souvent est synonyme de fade. Aussi Amos D'Aragon. Sans offense, question de sonorité. Le mot Jamil me lève aussi le coeur, avec offense.

JdM: Votre drogue favorite?

E: Vous êtes certain que ce n'est pas le questionnaire de Bernard Pivot? C'est que vous avez les mêmes questions dans le même ordre...

L'entrevue prenant une tournure désagréable et un ton accusateur, je tente une autre stratégie, voyant qu'Emma ne se sentait pas à l'aise avec la singularité de mes questions. Elle me sert une autre tasse de thé.

JdM: Dans un autre ordre d'idée, le son que vous aimez?

E: Le son du thé qu'on verse et la voix de Pol Pelletier.

JdM: Essayez de vous en tenir à une seule réponse, ce sera plus efficace... Le son que vous détestez?

E: Monsieur, ça suffit, vous êtes ridicule.

Pour une raison que j'ignore, elle m'a montré la porte. On m'avait prévenu de ses fréquentes sautes d'humeur mais je n'en fus pas offusqué. Son manque d'expérience m'a charmé et je me suis promis de la solliciter à nouveau dans le futur, question de connaître son juron favori et la profession qu'elle n'aimerait pas exercer.

4 avril 2009

Réformes

D'un changement mineur, sans incidence réelle sur l'existence sinon qu'on le constate, un certain pourcentage de gens ne se remettra jamais. Il préférera abandonner l'habitude plutôt que d'assimiler la nouveauté, ou restera présent juste pour souligner à quel point ''c'était mieux avant''. La portion sensée de la population aura assez d'esprit pour admettre qu'elle ''s'était habituée'' à la situation d'avant, et que c'est la perte de repères qui crée l'inconfort.

La création d'une nouvelle page d'accueil Facebook, par exemple, nécessairement opérée dans le but d'optimiser le produit et non de faire suer les utilisateurs, fait trembler la terre et soulève un tollé. Il faut ne pas avoir eu de frères jumeaux cadets pour se sentir bousculé à rien et se méprendre sur ce qu'est la vraie intention de faire suer quelqu'un.

Moi qui me croyais à l'abri, je me rends compte de mes propres résistances quand j'apprends que la réforme orthographique permettra dorénavant l'utilisation du mot ''flute'' sans accent ou du mot ''ambigüité'' avec le tréma sur le u. Pardon? J'ai toujours eu du mal à accepter de travailler dans le vide, même si le dit travail date de 1988, à l'école primaire. Les changements sont plus difficiles à accepter lorsqu'ils remettent en question un apprentissage qui ramène un sentiment ou qui est relié à une époque qui nous est chère.

Me demander, à mon âge, de faire mon deuil des pronoms ou des propositions sous prétexte que certaines règles soient désormais caduques et difficiles à retenir? (Certains confrères de classe consanguins et légèrement déficients sont pourtant parvenus à les assimiler.) Il en faudra plus que ça pour me convaincre. Je serai la vieille chipie qui n'acceptera jamais d'écrire ''cout'' sans accent ou ''portemonnaie'' sans trait d'union (à en croire mes exemples, je serai aussi une vieille chipie radine). Si je me fâche pour vrai, je suis capable de forcer mes enfants à écrire l'ancien françoys.

Je comprends mieux maintenant pourquoi il fût si difficile de sortir Dieu des maisons.

Mais le cerveau est un muscle. Le cerveau de la collectivité aussi, mais en plus mou. À force de modifier la page d'accueil de Facebook et d'enlever des trémas ici et là, on éclabousse les gens mais on arrive peut-être à prédisposer les mentalités à des changements plus significatifs, si bien que certaines personnes que l'on croyait roulées dans le petit catéchisme et coulées dans le béton finissent par faire des propositions pour le moins surprenantes. Nos voisins, parfois, que l'on croyait stationnés dans leur obscurantisme et qui soudainement prennent une longueur d'avance.

D'autres, à l'inverse, marchent à reculons en-dessous de la soutane du Pape. D'ailleurs, peut-on voter au passage pour l'abolition de cette ridicule majuscule?

3 avril 2009

Proche se ses biens

Il y a les surhommes, comme le Dalai Lama ou Grégory Charles, il y a les suraliments comme le brocoli - dont on a découvert récemment, en plus de tout ce qu'il possédait déjà, des propriétés anti-inflammatoires - et il y a les surobjets. On pourrait croire qu'ils sont l'invention des surhommes, donc qu'ils ne méritent pas une catégorie à eux seuls, mais pas du tout. Le surobjet mérite son titre grâce à celui qui le possède, pas à celui qui le crée.

Un surobjet (j'aime bien le mot, alors je l'utiliserai probablement à outrance) est un objet qui, une fois entre les mains de son maître, s'émancipe jusqu'à présenter des caractéristiques humaines, presque une personnalité. Mieux encore, un surobjet au meilleur de sa forme peut contribuer à faire de son propriétaire une meilleure personne. Rien à voir avec son inventeur. Je pense encore à Bob la Cuillère, c'est lassant, mais d'autres exemples viendront.

On sait que l'on est en présence d'un surobjet lorsqu'on éprouve pour lui de la tendresse. Certains téléphones cellulaires sont des surobjets. Ils apportent à certains de la confiance, ils sont générateurs du sentiment d'efficacité et on leur donne une personnalité, via une sonnerie et un fond d'écran.

Cela dit, les gens qui croulent sous les surobjets devraient consulter. C'est un excès comme un autre. Adorer nos armoires ou nos poignées de porte, aussi difficiles aient-elles été à choisir, n'est pas sain. On ne devrait jamais y injecter notre personnalité.

Il ne faut toutefois pas minimiser l'importance des surobjets dans notre vie. Ils ne font pas de nous des êtres matérialistes. Ils font de nous des être originaux.

Le violon d'Angèle Dubeau est un surobjet, le papier construction de Claude Lafortune. Les béquilles de Martin Deschamps, le biscuit soda de Céline Dion, la perruque de Patrick Norman, la boîte vocale d'Érick Rémy. Les lunettes de Tina Fey.

Moi, je roule en patins à roulettes. C'est mon surobjet. Ils me mettent dans tous mes états, comme un être humain. Je pleure à chaque fois que je change les roues, parce que je perds patience, je me blesse, j'ai peur d'abandonner et de devoir m'en priver. Ils me donnent même la prestance que je n'ai pas et me font aller plus vite que mon corps ne peut le comprendre. Ils méritent un hommage, quitte à passer pour fêlée.

D'ailleurs, on m'attend et le trajet compensera pour la destination.

2 avril 2009

Tâche ingrate

Le doute est un état qu'il est plus approprié de vivre en solitaire. Surtout si l'on est une figure publique, une tête dirigeante ou pire, les deux. À ma connaissance, personne n'est forcé de faire de la politique; je sais que c'est un domaine exécrable, aux conditions totalement ingrates. Mais on ne naît pas avec un mandat de ministre comme on naît avec une tache de vin.

Pas de pitié, donc. La tergiversation publique d'un politicien est aussi fatale qu'une entrée ratée d'un membre de la famille Dion sur un classique de Nicole Martin. Lorsque, ce matin, j'apprends que Christine St-Pierre hésite à mettre en application le retrait de la TVQ sur les produits culturels québécois, je l'imagine en habit d'après-ski à côté du foyer, à bavarder culture et peser légèrement le pour et le contre avec un couple d'amis autour d'une bouteille de vin, juste avant de téléphoner aux médias, un peu pompette, pour leur annoncer qu'elle n'est plus certaine de l'idée. Un raisonnement à peine entamé en se roulant un bâton de tire sur neige.

Peut-on, s'il-vous-plaît, être épargnés des réflexions de madame et être avisés lorsque la décision sera finale? Donner au public le temps d'avoir une opinion là-dessus est la meilleure façon de le rendre mécontent de l'issue, quelle qu'elle soit. Pas besoin d'une formation en politique pour savoir ça.

Madame hésite. Évidemment qu'elle hésite. Heureusement. Elle a choisi de passer sa vie à prendre des décisions déterminantes pour la communauté. Je ne veux pas être au courant des difficultés qu'elle rencontre avant d'être en mesure de trancher. C'est vrai que son métier est pénible; les joueurs de hockey divertissent les gens et gagnent des dizaines de fois son salaire.
Si elle voulait la paix, elle aurait pu choisir d'être chef-cuisinière dans une cafétéria d'école secondaire, elle aurait eu le droit d'hésiter un midi entre le spaghetti bolognaise et les cannellonis et elle aurait pu faire de l'après-ski tranquille le dimanche après-midi.

1 avril 2009

Histoire de poisson

Je n'aime pas les animaux domestiques parce que je pense qu'ils n'ont pas d'affaire dans nos maisons mais autrement, je les respecte. D'ailleurs, je ne les mange pas. Je les aime bien au milieu des champs, dans la forêt ou dans le National Geographic. Et à Télé-Québec, le dimanche après-midi. Combien de hang over passés à observer les rites de la Harpie.

C'est simple, je n'aime pas les animaux à qui l'on parle, que l'on habille et que l'on castre. Je n'aime pas les propriétaires d'animaux, finalement. Je n'ai absolument rien à dire à un chat, tout comme je n'aurais rien à dire à un soldat ou à une fille de dix-huit ans qui sort avec un aîné millionnaire. Question de personnalité. Nous ne vivons pas dans le même monde et n'avons, je crois, rien à nous apprendre.

Cela dit, certains ont choisi pour métier de capturer des images d'animaux. C'est un choix qui m'intrigue mais qui me fascine. Ils passent leur vie à imaginer des stratégies pour immortaliser sur pellicule un chacal qui nourrit ses petits ou une veuve noire qui ne fait rien à part être une veuve noire, donc qui menace de les tuer. On parle souvent de Guillaume Lemay-Thivierge qui est malade! parce qu'il saute en parachute. Justement, il a un parachute.

Un certain caméraman s'est fait littéralement croquer par un requin en essayant de lui fixer une caméra à l'aileron. Allons, chacun son métier. Toi, caméraman. Lui, requin.

Mais, à l'exception de ce dernier, je les comprends. Certains ont été piétinés par des hippopotames, d'autres ont attrapé des maladies incurables en se faisant mordre par un poisson louche, mais ils ont une vie absolument palpitante. Saviez-vous que l'aigle Harpie peut facilement se débarrasser d'un caméraman solidement attaché à un arbre de 70 pieds qui pense être bien caché derrière du feuillage? On repère assez vite celui des deux qui n'a pas d'ailes.

Quand on pense que certains meurent d'ennui.