3 avril 2009

Proche se ses biens

Il y a les surhommes, comme le Dalai Lama ou Grégory Charles, il y a les suraliments comme le brocoli - dont on a découvert récemment, en plus de tout ce qu'il possédait déjà, des propriétés anti-inflammatoires - et il y a les surobjets. On pourrait croire qu'ils sont l'invention des surhommes, donc qu'ils ne méritent pas une catégorie à eux seuls, mais pas du tout. Le surobjet mérite son titre grâce à celui qui le possède, pas à celui qui le crée.

Un surobjet (j'aime bien le mot, alors je l'utiliserai probablement à outrance) est un objet qui, une fois entre les mains de son maître, s'émancipe jusqu'à présenter des caractéristiques humaines, presque une personnalité. Mieux encore, un surobjet au meilleur de sa forme peut contribuer à faire de son propriétaire une meilleure personne. Rien à voir avec son inventeur. Je pense encore à Bob la Cuillère, c'est lassant, mais d'autres exemples viendront.

On sait que l'on est en présence d'un surobjet lorsqu'on éprouve pour lui de la tendresse. Certains téléphones cellulaires sont des surobjets. Ils apportent à certains de la confiance, ils sont générateurs du sentiment d'efficacité et on leur donne une personnalité, via une sonnerie et un fond d'écran.

Cela dit, les gens qui croulent sous les surobjets devraient consulter. C'est un excès comme un autre. Adorer nos armoires ou nos poignées de porte, aussi difficiles aient-elles été à choisir, n'est pas sain. On ne devrait jamais y injecter notre personnalité.

Il ne faut toutefois pas minimiser l'importance des surobjets dans notre vie. Ils ne font pas de nous des êtres matérialistes. Ils font de nous des être originaux.

Le violon d'Angèle Dubeau est un surobjet, le papier construction de Claude Lafortune. Les béquilles de Martin Deschamps, le biscuit soda de Céline Dion, la perruque de Patrick Norman, la boîte vocale d'Érick Rémy. Les lunettes de Tina Fey.

Moi, je roule en patins à roulettes. C'est mon surobjet. Ils me mettent dans tous mes états, comme un être humain. Je pleure à chaque fois que je change les roues, parce que je perds patience, je me blesse, j'ai peur d'abandonner et de devoir m'en priver. Ils me donnent même la prestance que je n'ai pas et me font aller plus vite que mon corps ne peut le comprendre. Ils méritent un hommage, quitte à passer pour fêlée.

D'ailleurs, on m'attend et le trajet compensera pour la destination.

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